Marcus Bösch et Florent Maurin : les newsgames en questions

Marcus Bösch et Florent Maurin : les newsgames en question

Les 6 et 7 mai 2014, la ville de Cologne accueillera le premier hackathon européen consacré aux newsgames. Avant ces deux journées de débats, nous avons pu poser quelques questions à Marcus Bösch, organisateur de l’événement. Florent Maurin, journaliste français et concepteur de newsgames, y a aussi répondu.

Début de la partie, et une première question : qu’est-ce qu’un newsgame ? Il s’agît d’un dispositif ludique qui se rapproche du jeu vidéo, mais qui dépasse la dimension du divertissement pour apporter une valeur informative. On joue pour mieux comprendre l’actualité. L’intérêt n’est donc pas la victoire mais bien le message qui est délivré.

Pour élaborer un newsgame, le journalisme/game designer doit donc construire un système autour de plusieurs problématiques : quels sont les acteurs de l’actualité, quelles sont leurs interactions et où se situent les rapports de force éventuels ?

Ces questions sont alors traduites en règles du jeu et permettent d’évoluer dans le système. On ne sait pas à l’avance comment le joueur va interagir et si le jeu sera un succès ou non. Marilyn Epée, ancienne participante au projet Horizons Médiatiques, donne quelques éléments de réponses dans cet article. Ce sujet a aussi été traité il y a un an par Cécile Mantovani :

Ce premier niveau complété, on passe ensuite au hackathon, événement consacré aux newsgames à Cologne les 6 et 7 mai prochain. Des game designers, 30 à 40 journalistes et des programmeurs vont se réunir pour débattre autour du jeu. Ils travailleront ensuite ensemble sur des prototypes, qui seront présentés à la fin des deux jours et pendant la conférence Clash of Realities. L’organisateur de l’événement, Marcus Bösch, nous a confié qu’il espérait voir « quelques projets réussir à intégrer les médias traditionnels« .

C’est le cas par exemple de Jeu d’influences, un newsgame disponible à partir du 6 mai 2014. Cette fiction sur les spin doctors et la communication de crise est le versant interactif d’un documentaire diffusé sur France 5. Derrière ce jeu, Julien Goetz (auteur) et Florent Maurin (game designer). Vous trouverez plus d’informations dans cette interview pour RageMag et dans la bande-annonce ci-dessous :

Alors pour mieux comprendre les newsgames et ce qu’ils impliquent, nous avons posés des questions similaires à Marcus Bösch (gauche) et à Florent Maurin (droite).



Marcus Bösch
Florent Maurin

Florent Maurin
Florent Maurin

Pourquoi les newsgames peuvent être intéressants pour comprendre une information ?

En expérimentant soi-même, il est plus facile de comprendre des éléments complexes. C’est pour cela que les jeux sont aussi utilisés par les éducateurs…
Les newsgames permettent de manipuler, d’essayer, de se tromper, et de comprendre en faisant. C’est cette interactivité qui permet de mieux analyser.

 

Qu’est-ce qu’il est possible de faire et qui ne l’est pas avec le journalisme classique ?

Le XXIème siècle est marqué par l’échange. Avec les newsgames, il est possible de donner de la rétroaction au lecteur, de mieux interagir avec lui. Les jeux sont le moyen le plus efficace pour faire engranger des connaissances.
Les newsgames sont des systèmes simplifiés mais cohérents de la réalité. Ils fonctionnent comme des discussions, alors que le journalisme classique est sur le mode du discours (l’article ou la vidéo « parlent », je ne peux qu’écouter).

 

Comment les newsgames peuvent engager les nouvelles générations ?

Les jeunes générations sont surchargées d’informations de nos jours. Les jeux permettent de leur offrir plus facilement l’accès à l’actualité. On retrouve aussi cette interactivité éducative.
Je crois que c’est un mythe le pouvoir de séduction des newsgames sur les jeunes publics… Je pense que tout le monde ou presque peut trouver de l’intérêt à un jeu, s’il est bien désigné.

 

Les newsgames sont-ils plus difficiles à réaliser que des graphiques intéractifs ?

Cela dépend, car les interfaces « intuitives » permettent désormais de voir directement le résultat final de notre code. Mais bien sûr, il reste difficile de créer le design d’un jeu, et surtout de lui ajouter un mécanisme et du contenu pertinent.
Oui, il faut beaucoup de compétences : graphisme, développement, journalisme, mais aussi game design. Dans un jeu, il y a un objectif à atteindre et un résultat qui varie en fonction des actions du joueur. Le « défi » doit être intéressant et pertinent.

 

Les newsgames jouent sur la fiction. Mais la fiction, ce n’est pas du journalisme, si ?

La frontière est floue, je vois plus ça comme un débat entre l’objectivité et la subjectivité. Je recommande de lire la discussion entre Glen Greenwald et Bill Keller sur ce sujet (à découvrir ici).
Il y a bien une interprétation puisque le journaliste décide de ce qui est « bon » ou « mal ». Mais ces décisions sont prises en s’appuyant sur un travail journalistique le plus solide et honnête possible.

 

Le jeu n’est-il pas une forme d’expression qui peut devenir parfois frustrante ?

Oui bien sûr. Des fois, c’est même l’objectif du jeu d’être frustré. Mais il est vrai que les newsgames qui n’ont pas un beau design perdent de leurs intérêts, ça peut être frustrant dans le travail journalistique.
Oui, surtout qu’il est très compliqué de savoir à l’avance ce que le joueur retirera de l’expérience. Mais quand on écrit un article, on n’a pas forcément plus de garanties d’être bien compris.

 

Quel est selon vous l’avenir des newsgames ?

Les newsgames peuvent devenir un des aspects importants du journalisme du XXIème siècle. Le genre est nouveau, donc c’est difficile à dire, mais je suis plutôt curieux de voir comment le jeu va évoluer.
Difficile à dire. Probablement le mobile ou les jeux dans la ville, grâce à la réalité augmentée. Quand on les regarde d’une certaine façon, beaucoup de choses peuvent devenir des jeux…

Si vous n’êtes pas encore game over, vous pouvez regarder dès maintenant cette intervention de Florent Maurin ou lire cet article reprenant un débat des Assises du Journalisme 2013. Alors, on se refait une partie ?

Antoine CAUTY

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